10 DOGMES pour faire de l'architecture
1/ L'architecte est avant tout un artiste
Il doit se donner les moyens de ne dépendre intellectuellement, physiquement, juridiquement, politiquement et financièrement d'aucun. La distinction entre architecte et constructeur étant malheureusement si souvent confondue dans le milieu, il convient de rappeler la responsabilité de ces derniers dans l'art qu'ils ont choisi d'exercer. L'architecture pour évoluer doit sortir de son cadre disciplinaire structurel, comme dans la théorie de synthèse des arts (Corbusier, Brunelleschi, Michel-Ange, etc...) qui propose la liberté et le devoir d'une approche avant tout sensible. L'architecture en tant que collaboration des différents arts, doit être façonnée comme une sculpture qui met en scène le théâtre humain de la cité.
2/ L'architecte est un intellectuel mécanicien
L'architecte réalise lui-même, de ses propres mains ce qu'il a pensé et conçu. Il a principalement besoin de l’action de la main et ne saurait se contenter de laisser un autre le faire à sa place. La division entre arts libéraux et arts mécaniques, héritée du trivium/quadrivium de la Renaissance est contre-productif pour accomplir le métier d'architecte. L'architecture est un art intellectuel et méchant. Méchant est entendu dans le sens étymologique de mécanicien. Aujourd'hui la plupart des formations d'architecte ne dispensent pas de formation manuelle, mécanique. Pour maîtriser ses rapports avec les matériaux qu'il emploie, l'architecte doit savoir les travailler de leur état brut à leur état fini. Le but de cette compétence n'est pas la performance technique en soi, mais le désir d'acquérir un regard instinctif sur les possibilités matérielles. La connaissance profonde vouée à l'intellect doit l'être également au matériau.
3/ Parler le langage émotionnel
Le langage architectural doit exprimer quelque chose à travers les couches sociales, les générations et cultures du monde. La suprématie auto-proclamée de la culture occidentale très conceptuelle ne permet pas forcément de valoriser le langage émotionnel. Un japonais par exemple est normalement habitué à communiquer uniquement par l'émotion sans utiliser ni les mots ni les concepts. L'émotion permet d'aller au delà des mots, tout en exprimant l'étonnement au sujet du monde et de sa propre existence. Voilà la main tendue d'un nouveau monde à saisir pour les occidentaux. L'architecte doit savoir écouter et parler couramment le langage émotionnel des formes, espaces, couleurs, sons et matérialités.
4/ 50% d'à proximité
Au minimum la moitié des matériaux présents dans l'oeuvre architecturale doivent provenir du lieu même du chantier ou ses environs proches.
5/ Ré-utilisation
Pour ses besoins l'architecte ne doit pas (faire) fabriquer d'éléments de construction au coût de production élevé. Il doit au maximum réutiliser et détourner les éléments existants de leur usage.
6/ Form ever follows function
Telle est la loi, énoncée par Louis Sullivan. La forme doit toujours être dictée par la fonction mécanique, d'usage ou la fonction esthétique d'un objet; qu'il provienne d'une réutilisation ou non. Les formes inutiles ne font qu'encombrer l'espace. Or l'espace est bien ce que l'architecte doit chercher à mettre en valeur.
7/ Un art pas forcément rentable
L'architecte doit de préférence auto-financer ses projets. Si ses moyens financiers sont trop faibles, l'architecte doit savoir compter sur une autre source de revenus que ceux procurés par son travail d'architecte, afin d'exercer son art en toute indépendance. Lorsqu'il travaille pour un client; si ce dernier refuse ou modifie catégoriquement ses propositions pour des raisons juridique, politique, ou par manque d'ouverture, l'architecte doit de manière juste et réaliste se donner les moyens d'imposer ses choix, ou le cas échéant arrêter à temps le projet avant qu'il évolue dans une mauvaise direction.
8/ Le théâtre politique
L'architecte doit avoir l'esprit philosophique, être capable de s'étonner des événements habituels et des choses de tous les jours (Aristote, La métaphysique), se sentir concerné et curieux en tant qu'acteur dans l'espace commun. Il ne doit ni se laisser impressionner ni se soumettre; et savoir distinguer la vraie politique de la polémique. Il ne peut prétendre au mérite que par son indépendance d'esprit, son intelligence, son courage et sa ténacité à porter ses projets.
9/ Le devoir de rendre le lieu meilleur
En référence à la citation de Frank Lloyd Wright, il paraît évident mais pourtant utile de préciser que l'action architecturale a non seulement le devoir mais aussi la responsabilité de rendre un lieu meilleur qu'il n'était avant son apparition.
10/ Le dogme est la contrainte d'une possibilité
Les 10 dogmes résultent de l'enseignement d'un travail personnel, mené à partir d'expérimentations, documentations, lectures, études, pratiques manuelles, sociales, sexuelles, intellectuelles, scientifiques et subjectives; pour permettre l'élaboration d'une architecture nouvelle.
Vaan Punk. 2008
