Récit d'une expérience au sein de l'atelier Vaan Punk :
« Une autre manière d’être architecte »
Par Julien Derbey,
Introduction
Notre avenir en sortant de cette écoles est –il figé ? Seront nous tous amenés à passer notre HMONP, à être inscrit a l’ordre des architectes, dans l’espoir de construire un jour un bâtiment en son nom ? Un chef-d’œuvre ? Devons nous être salariés d’abord dans une petite agence, puis passer dans une autre plus grosse, avec un plus gros salaire ? Peut être monter un jour son agence ? Devons nous passer notre temps devant un ordinateur, une souris à la main pour concevoir des immeubles ? Devrons-nous construire des immeubles ? Parfois je me laisse à penser qu’il en est ainsi.
Mais ce stage m’a ouvert les yeux. J’ai pu constater que l’architecture et son champ immense d’activité ne limite personne. Il est possible d’exercer autrement que de manière académique, de travailler comme bon nous semble, de fixer ses propres règles en étant maitre de sa vie.
C’est ce qui est bien dans l’architecture. Comme le disait Pompidou : « c’est le seul art qu’on subit » mais c’est aussi l’art de choisir. L’architecture est présente partout qu’on le veuille ou non. On peut penser architecture aussi bien en se lavant qu’en faisant des mathématiques. Et on peut faire de l’architecture à bien d’autre échelle, que celui de la maison individuelle ou du centre culturel.
Je ne critique pas cette pratique, rien ne la remplacera. Je me suis seulement rendu compte que d’autres champs d’activités productrifs connexes peuvent coexister, en tant que pratiques pour l’Architecture, dans un souci de questionnement et de proposition. Rien n’est figé. Chacun est libre d’exercer l’architecture comme il l’entend à condition que ce soit dans un but positif et productif.
Je veux exprimer dans ce rapport, l’expérience d’une manière passionnante de pratiquer l’architecture. Avant de commencer je tiens à remercier Vaan de m’avoir aussi bien accueilli pour ce stage, à bord de la péniche Tokio, pendant plus d’un mois.
Au vue du déroulement de mon stage au sein de l’atelier Vaan Punk, j’ai du remettre en question ma problématique initiale qui était : «Dans quelle mesure l'architecture expérimentale peut elle apporter des solutions aux problématiques actuelles du logement».
En effet, cette question du logement était présente dans le travail effectué pendant plus d’un mois, mais d’autres aspects m’ont particulièrement marqués. Notamment les liens entre l’homme et l’architecte, la sculpture et l’architecture expérimentale, et les maniérés de productions, les œuvres, et le mode de vie. Toutes ces questions autour du processus de création m’ont permis de développer une vision globale de l’architecture et de sa pratique comme un ensemble de paramètres en relation les un avec les autres, formant un système d’équations complexe entre l’homme l’architecte les œuvres et le contexte.
Son atelier comme maison
Pourquoi les moines vivent-ils dans des cellules au sein d’un monastère ? Pour être sans arrêt en contact avec la spiritualité. Rien ne les en détourne. Ils ne sont pas moines la journée et hommes le soir. Ils sont tout à la fois. Tout en même temps. Rare sont de nos jours les gens qui vivent avec un tel dévouement pour une entité plus grande. Qui finissent par ne faire plus qu’une seule et même personne cohérente organisant sa vie de manière aussi globale.
Une vie globale : être un homme
J’ai eu la chance pendant mon stage de vivre 24h sur 24 avec mon maitre de stage, à bord de la péniche-atelier. J’avais un lit suspendu dans la cale, qui servait d’atelier de construction de douche et de dortoir. Dans un confort un peu spartiate. Comme un espace de dévouement au travail d’être sans arrêt en contact avec le travail. Ainsi les productions, les machines, les plans, les matériaux, sont les premières et les dernières choses que l’on voit en se réveillant et en se couchant.
Dans une vision de l’architecture en tant qu’une pratique passionnante, totale et universelle, Je pense qu’il en est de même pour l’architecte. Il n’est pas architecte au travail et homme chez lui. Ce n’est ni drôle ni a prendre à la légère. L’architecture est trop importante et trop nécessaire, pour se permettre en tant que concepteur de n’y penser qu’à temps partiel. Je veux dire, ce n’est pas un métier qu’on peut oublier en rentrant chez sois. C’est une partie de sois.
La question du confort : un mode de vie alternatif assumé
Depuis deux siècles, notamment après la révolution industrielle, la société s’est mise à croire très fort en la théorie du progrès. Les avancées technologiques, les découvertes scientifiques sont nombreuses. On croit au bienfait du progrès, qu’il peut être la solution pour le bonheur humain. La seconde guerre mondiale et la shoah marque la fin de cette théorie. Il est clair que le progrès rime avec confort. En deux siècles au niveau du logement, la normalité a beaucoup évoluée. On a aujourd’hui l’eau chaude, du chauffage, la climatisation, des ascenseurs, des canapés... la liste est longue.
Cependant, et c’est mon avis, je pense que le confort a un effet pastel sur les gens. Dans cette quête pour le matériel et le bien être corporel on oubli l’essentiel. Le confort tel qu’il est perçu et conçu actuellement s’apparente plus à un antidépresseur ou aspirine, qu’à une vraie quête louable.
Pourquoi nous aimons le camping ? Parce qu’au fond il permet de sortir de tous les codes de l’habitat usuel, pendant une semaine, deux jours, ou plus, dans un espace défini, exotique. C’est un espace d’utopie réel, où l’homme renonce au confort en plantant une tente, un abri primaire. Il se ressource, est en contact avec la nature directement et surtout avec sois même. C’est quasiment un espace de recueillement.
Pour reprendre les mots de Michel Foucault, on peut considérer l’espace du camping comme un espace hétérotopique, c'est-à-dire un lieu d’utopie réelle, située. La question est la suivante, doit il rester un mode de vie temporaire en contraste avec l’époque dans laquelle nous vivons, quelque chose d’accidentel, d’exceptionnel, où l’on se retrouve de temps en temps. C'est-à-dire un espace hétérotopique ? ou bien doit-on, en considérant tout les bienfaits que ce mode de vie procure, le concevoir comme le but ultime à atteindre ?
Je m’explique. Avant mon stage, j’ai reçu un email de Vaan me spécifiant que je pouvais dormir et manger sur place mais dans des conditions un peu précaires. J’avais vu sur son site des photos de sa péniche, située alors dans un chantier naval à l’abandon. Je dois dire l’image que je me faisais de ce mois de stage me questionnait. J’appréhendais beaucoup quant à la vie quotidienne à bord, n’ayant jamais connu que des maisons dans la campagne et des appartements tout confort.
En arrivant sur place j’ai pu constater. Il m’avait fabriqué un lit suspendu au plafond de la cale par des chaines, il n’y avait pas d’eau courante ni d’accès au réseau électrique. L’eau du canal sert pour la douche froide et pour la vaisselle. Il faut régulièrement alimenter en carburant le groupe électrogène, penser à recharger les batteries, fermer les panneaux roulants quand il pleut...
Ce manque de confort évident au sens ou nous pouvons l’entendre au 21eme siècle, n’est pourtant pas un défaut ni pour le travail ni pour la vie personnelle. L’absence de gadget et de matériel pseudo utile, m’ont fait me concentrer sur des choses simples et essentielles. Comment dormir ? Comment manger ? Comment se laver ? Comment régler les problèmes quotidiens de manière cohérente ? Et surtout cela permet de réfléchir sans être encombré et entouré de choses lourdes et futiles.
Cette vie est pleine de contraintes. Mais dans le bon sens du terme. Elles permettent une sorte de ritualisation alternative du quotidien. Ces exigences constituent le prétexte obligatoire pour sortir du travail de conception ou de réalisation, de prendre du recul, pour mieux y revenir plus tard.
D’une part notre corps se porte mieux par les pratiques physiques de maintenance et par la vie en plein air, d’autre part l’esprit est plus clair, le travail de meilleure qualité.
Concevoir en construisant
Un autre point radicalement nouveau pour moi, outre la manière de vivre sa vie et son travail, a été la façon de concevoir l’architecture. En effet les deux tiers de la péniche étaient occupés par un immense atelier. Du papier, un ordinateur et des machines : voila comment on peut concevoir différemment l’architecture. Il faut maitriser la construction. Mies Van Der Rohe, lui-même maçon de formation, disait d’ailleurs à propos de Franck Lloyd Wright : « voila enfin un maitre bâtisseur proche de la vraie source de l’architecture ».
L’atelier
L’expérimentation et la construction, le rapport à la matière et au travail manuel sont des éléments importants à maitriser pour une conception globale et pertinente, si l’on veut qu’il y ait une réalité physique et matérielle maitrisée. Je ne pense pas qu’on puisse se passer de ces éléments, ils diffèrent après suivant les pratiques et l’échelle de la construction, la manière de les prendre en compte.
Dans l’atelier on y trouve de tout : du bois, du métal, du plastique, des vis, une perceuse a colonne, des scies sauteuses, circulaires, une cintreuse, des fers à souder...
On peut partir du postulat que les matières, leur caractéristiques, et leur possibilités de mise en forme conditionnent totalement la forme de l’architecture crée. Il faut donc se donner les moyens d’expérimenter, de travailler les matériaux, comprendre leurs limites, les surpasser, puis les assembler.
On peut se rendre compte de la matérialité réelle de chaque élément quand on les touche, quand on les travaille. Il y a des constantes, des choses à savoir. Par exemple, le métal se soude ou se perce. Tout l’intérêt réside dans la manière de joindre deux éléments pour n’en faire qu’un. Un objet constitué de plusieurs parties. Le travail sur les joints et les raccords est très important. Le but est d’arriver à les travailler pour se trouver en cohérence, en résonnance, avec l’objet globale, sa forme, le concept...
Je suis toujours impressionner quand par exemple je regarde des détails de construction de Peter Zumthor. Par exemple, pour la Kusthalle en suisse, il a développé tout un système de joint en acier pour relier deux plaques de verres. Ce mode d’assemblage est ainsi interprété différemment pour la constitution de la façade, ou pour la fabrication du plafond des salles d’expositions. Il donne à la fois une richesse inestimable au projet en apportant une cohérence globale.
Le concept
Un projet est à la base issu d’une image, d’un élément fort, qu’il soit conceptuel, constructif, programmatique, sociétal... il y a toujours un élément plus fort que les autres, qui n’échappe pas aux autres. Je ne dis pas que l’expérimentation matérielle est la meilleure de solutions ni qu’elle permet de remplacer des théories ou des plans. Tout est complémentaire.
Simplement à bord de la péniche, la question matérielle était primordiale. Cependant en un mois de stage nous n’avons réalisé qu’une seule pièce (voir annexe), et sa réalisation n’a pas durée plus d’une semaine. En arrivant je me suis dit chouette on va construire tout le temps ! Mais on ne construit pas n’importe quoi. C’est le propre de l’architecte de planifier de conceptualiser, de maitriser son projet, à n’importe quelle échelle qu’il soit.
Les trois semaines restantes ont été des grandes périodes de recherches. Quelle forme donnée ? Quelle impression faire passer ? Qu’est ce qui est important au fond ? Avec quelle matière allons-nous pouvoir retranscrire le projet ? Ça, n’est-ce pas superflu ? Quelle dimension donner à cette pièce ? Comment la joindre avec une autre ?
. Mais quand arrive le moment où l’on bloque sur le papier et dans la tète, il faut aller dans l’atelier saisir les matériaux et les machines. Il faut construire, que ce soit des maquettes ou de véritables essais. Il y a sans arrêt des vas et viens entre l’atelier et le papier. Ils ouvrent chacun des perspectives qui s’enrichissent mutuellement. Après avoir fait des plans, on peut approuver ou réfuter, aller plus loin, grâce à l’atelier.
J’ai compris qu’il y avait différentes phases dans la conception. Mais ici j’ai pu les vivre beaucoup plus intensément que dans une école.
Construire avec ses mains
On est jamais sur à cent pourcent des réponses apportés en plan. Cependant on sent à un moment que l’objet atteint une cohérence imaginaire suffisamment forte pour qu’on puisse commencer la réalisation. Lui donner enfin une existence physique.
Il faut donc se procurer les matières premières dans des magasins professionnels. En l’occurrence du métal, des tubes de 18mm de diamètre. La qualité de la matière est primordiale pour une bonne réalisation. Donc tout cela génère un cout d’investissement important, il faut être sur de sois. Se tromper reviendrait bien trop cher. Nous avons donc d’abord construit une structure en acier soudé. Cette phase est assez jouissive. C’est l’excitation de la création au sens physique du terme. J’ai appris pu apprendre à manier des outils spécifiques comme la scie circulaire sur pied, ou bien la soudure par arc électrique.
L’exécution demande une précision importante.
Prendre des mesure, faire des repères, trier, ranger au fur et à mesure, mais toujours une démarche relative en fonction du résultat souhaité.
Pour la structure nous voulions quelque chose de quasi parfait, pour une forme géométrique complexe quasiment pure (support pour une surface de Schwarz). Les nombreuses symétries de cercles parfaits et d’hexagones demandaient donc toute notre attention et des réglages méticuleux au moment de l’assemblage final. Car ce qui est à la fois terrifiant et passionnant c’est qu’on mise tout à chaque instant au fur et à mesure de la construction. La moindre erreur est visible, le moindre défaut sera présent jusqu'à la fin. Il faut donc être maitre, et se fixer des tolérances, des règles à respecter.
Des usines et des hommes
Il est des pièces que nous ne puissions réaliser seuls. Je veux parler des cercles. Ce sont les choses les simples le plus dur à réaliser. Après de nombreux essais de cintrage peu concluants avec l’aide d’une cintreuse hydraulique à main. Il est apparu évident qu’aucun outil à bord ne permettrait d’obtenir le résultat souhaité. Nous avons donc eu recours au moyen industriel.
Nous nous sommes rendus ans une métallerie située dans le village voisin afin de faire réaliser les cercles. J’ai vu dans l’usine de grandes machines puissantes et précises, et des hommes qui les maitrisent. Les usines sont vraiment des lieux de tout les possibles. Tu as une idée. Tu fais des plans. Et tu peux la réaliser exactement dans l’usine, avec une perfection incroyable. Des découpeuses laser capables de sculpter l’acier, des plieuses permettant de rendre une plaque de tôle similaire à du papier, de rouleuses des quelles sortent des hélicoïdes. Au début, j’ai confondu ce lieu avec le paradis. Ce lieu où les idées deviennent des formes.
Une chose m’a marqué. C’est la confrontation du monde manuel et intellectuel. Les ouvriers de l’usine sont peu habitués à réaliser des pièces sur mesure pour des sculptures, la plus grosse part de leur travail consiste en la réalisation de silo ou d’immenses entrepôts. Surtout dans un village perdu en pleine Picardie. Le premier contact est un peu éloigné, mais en parlant avec eux, la plupart sont finalement très intéressés par ces pièces uniques qui les changent de leur quotidien. On arrive à les embarquer dans le rêve qui était notre jusqu’alors, afin qu’il devienne aussi le leur. Ainsi l’engouement est fort, et tout le monde travail de son mieux, investi sa personne pour quelque chose de plus haut. J’ai trouvé ça très beau.
La part de chance
Sur ce, les cercles ont été réalisés à la perfection grâce aux hommes, aux machines et à notre foi. Nous avons fini d’assembler la structure.
Le procédé constructif que nous avions planifié les semaines précédentes concernant la peau de l’objet, se sont révélés inadaptés. A la base conçue en bois et en zinc comme des charpentes traditionnelles, nous sommes restés bloqué insatisfait du résultat.
Un dimanche, alors que nous nous promenions à bord d’une barque, il y avait sur la rive une ancienne usine désaffectée ayant apparemment servi successivement de fabrique de pneu et de chantier pour péniches. Intrigués nous sommes descendu pour visiter. Et la solution du problème s’est imposée. Il y a avait un peu partout dans la friche des tonnes de rouleaux de caoutchouc. Cette découverte à été un renouveau pour le projet. Ainsi le lendemain nous avons réquisitionné ce qu’il nous semblait nécessaire à la réalisation afin de terminer l’objet.
J’ai remarqué que la chance si elle existe, ou bien le hasard, est un facteur souvent déterminent, qu’il faut savoir saisir ou interpréter à temps. Il est des opportunités qu’il faut reconnaitre, mais elles ne remplacent en rien le travail et l’acharnement de l’architecte. Je vois ça comme un cadeau, comme une récompense.
La vie de l’objet
La où se travail devient magique, c’est lorsque l’œuvre nous échappe qu’elle suit sa propre logique et qu’elle finit par développer une vie autonome, qu’elle se détache de ses créateurs. Elle ne devient plus explicite mais complètement implicite et subjective. Elle développe une existence propre à elle-même et chacun en la regardant voit ce qu’il peut voir, voit ce qu’elle donne à voir. Des images apparaissent toutes différentes. Elle nous plonge dans une autre réalité. L’histoire qu’elle raconte n’est plus celle qui nous a permis de concevoir. D’ailleurs à la fin, cette histoire, le propos s’est dissipé dans notre tête, et a laisser place à quelque chose de plus grand. Au moment ou nous comprenons vraiment ce dont a veritablement besoin l’œuvre pour exister. On s’attache à une émotion, et avec tout l’amour que l’on peut lui porter, on finit par devenir des esclaves.
Architecture expérimentale et sculpture
Je n’ai pas effectué mon stage dans un cabinet d’architecture classique. Il me semblait important, voir vitale de découvrir autre chose. Une manière plus libre de pratiquer, mais néanmoins passionnante.
Au fur et à mesure des conversations avec mon maitre de stage, j’ai un peu compris ce qui l’a poussé à exercer le métier d’architecte en tant que sculpteur, ou l’inverse, je ne sais plus très bien.
Le bon sens anéanti
J’ai compris que ce n’est pas une pratique lâche de l’architecture afin éviter toute les lois et les normes contraignant la profession, et d’en tirer seulement les avantages. Bien que j’ai parfois l’impression que les normes deviennent pour grande part des freins et non pas des rêves. Et bien qu’elle donne l’illusion de fixer un niveau d’acceptabilité d’un bâtiment, elles stoppent trop souvent des architectes censés et bienveillants. Ce n’est pas une pratique lâche de l’architecture. D’une part car ce n’est plus de l’architecture au sens académique du terme. L’architecture sert de point de base à toute réflexion et réalisation. Elle est le leitmotiv qui guide le travail. Tous les questionnements proposés, tous les travaux la desservent plus ou moins indirectement.
Un intermédiaire au service de l’architecture
L’architecture en comparaison avec les autres arts fonctionne sur des échelles de temps radicalement différentes, traditionnellement de l’ordre du demi- siècle. Et malgré le raccourcissement de cette temporalité, il en reste difficilement changeable l’écart séparant la conception de la réalisation, et pire encor l’écart séparant la réalité de l’architecte et la réalité du monde. Je veux dire par là que le monde change. Et je pleure souvent devant les magazines en voyant des bâtiments neufs copiant point par point ceux d’il y a 50 ans. Est-ce la faute aux architectes de ne pas se situé dans le monde réel ? Ou à leurs professeurs qui leur enseignent des théories rétrogrades ?
Ce qui est sûr, c’est que comparer à la sculpture ou la peinture, qui sont eux des réactions quasiment instantanées d’un homme par rapport à son contexte, et dont l’impact n’est pas forcément subi par la société, l’architecture est subie par tout le monde avec un déphasage beaucoup trop important. C’est la grande difficulté. L’intemporalité est une solution ? Je parle de la même intemporalité que pour les jeans Levis ou que pour les pyramides égyptiennes. Mais ce n’est peut être pas la plus évidente.
C’est pourquoi des intermédiaires entre le monde et les architectes, doivent exister. Qu’ils soient artistes, théoriciens, philosophes, analystes... tout ces gens ont le devoir de travailler pour l’architecture, tenter de capturer une image du monde, de comprendre et de prédire. Ils doivent faire passer le message aux architectes et les architectes doivent les écouter.
Ainsi en arrêtant de considérer l’architecture comme l’aboutissement d’un ego, mais bien comme la création d’un ouvrage en commun et pour la société. Le travail d’un artiste est totalement légitime et nécessaire tout comme celui de l’architecte. Sans jugements de valeur.
Plus spécifiquement nous devons aborder la question des sans abris et des logements précaires. Celle des banlieues. Les maisons individuelles sont souvent des petits bijoux, mais nous ne sommes pas la pour rigoler. L’architecture est avant tout sociétale et sociale.
Une méthode analogue
Un autre point qui me fait dire que les arts et l’architecture ont beaucoup à voir en commun est le processus de conception. Je dois dire que j’ai beaucoup plus appris en un mois de stage qu’en 2ans à l’école pour ce qui est de la logique conceptuelle, des plans jusqu’à la réalisation. Car au final à par fonctionnalisme pas grand-chose ne change. Il s’agit toujours d’une manière subjective d’exprimer une vérité pour la réalité. Il s’agit toujours de forme, d’espace de lumière de matière et d’émotion. Comment assembler? Quoi créer? Pourquoi? Ce sont toujours les mêmes questions. Il s’agit toujours de maitrise et de hasard. De technique et de spiritualité. Des hommes et de la terre.
Conclusion
Si je n’ai pas parlé uniquement d’architecture au sens strict du terme. C’est que j’ai appris que tout était lié. De la vie privée, à la nourriture, à ses amis en passant par son travail et son mode de vie. Ainsi, quand je ne parle pas explicitement d’architecture, j’y pense fortement essaye d’établir des liens. Et quand je parle d’architecture je pense à tout le reste, ce qui la fait exister et ce qu’elle fait exister.
Deux éléments ont cependant été très révélateurs pour moi durant ce stage. Le travail manuel, la construction. Il me semble clair maintenant que l’architecture est bien l’art de bâtir et non l’art de manier des concepts sur des feuilles de papiers.
La deuxième chose est la maitrise au sens large du terme. Apprendre à se maitriser, maitriser son travail, ses ouvrages dans les moindres détails, maitriser les moyens de conception et de fabrication, maitriser sa démarche et son éthique par rapport à la société, maitriser le hasard. Cela veut dire être conscient, se laisser surprendre et être ouvert mais toujours réagir de manière cohérente
Je crois avoir oublié de nombreuses choses dans ce rapport, on ne peut pas parler de tout. Je pense cependant avoir développé par ce stage une vision plus aigu sur l’architecture, un sens critique plus raisonné, et de l’expérience quand à la conception. J’espère aussi, malgré tout, avoir été assez clair et avoir abordé des thèmes significatifs du travail accompli.
